Les évolutions de la forme de l'écu héraldique (2/2)

Publié le par Godefroy de Nancey

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IV. L'écu en accolade

A la fin du XVe siècle, l'écu classique, tout en ne gardant que trois angles, se rapproche de plus en plus de la forme du rectangle.

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La raison en est simple : les armoiries se complexifient en effet de plus en plus et se subdivisent à l'infini pour y faire rentrer tous les qurtiers de noblesse dont une famille peut s'enorgueuillir. Cette complexification à l'extrême devient, dans les armoiries des très grandes familles, d'un effet visuel désastreux, les rendant presque illisibles et quasiment impossibles à blasonner, pour peu que le titulaire ait de nombreux quartiers de noblesse ou beaucoup de possessions et prétentions. Un exemple extrême (écu ci-dessous) est celui des armoiries de Ludovic de Gonzague (1539-1595), duc de Nivernais et pair de France, comte puis duc de Rethélois et pair de France, prince de Mantoue, etc. :

 

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Pour tout fairerentrer dans le cadre de l'écu, Bara invente à la fin du XVIe siècle un écu, directement dans l'aboutissement du précédent, quasiment rectangulaire : l'écu en accolade.

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La forme de cet écu, très répandu jusqu'au XIXe siècle, est assez disgrâcieuse, et est fort heureusement désavouée aujourd'hui par la plupart des héraldistes, qui lui préfèrent l'écu classique.

 

V. La targe

Le mot "targe" désigne normalement tout bouclier de petite taille. Mais en héraldique, cela correspond à une targe bien précise, apparue au début du XIVe siècle sur les tournois, munie d'une encoche pour faire passer la lance. Cet écu fortement découpé a connu pas mal de succès dans les régions germaniques et en Italie aux XIVe et XVe siècles.

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VI. Les autres formes d'écu

- L'écu en coeur

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Ce type d'écu, peu fréquent, se retrouve dans certains sceaux français dès le XIVe siècle. Il jouit d'une grande vogue, entre autres, auprès des roturiers.

- L'écu en losange

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Contrairement à une idée fausse malheureusement encore trop répandue, même dans certains traités et manuels, cette forme d'écu n'a jamais été l'apanage exclusif des femmes, et elles-mêmes n'ont jamais utilisé uniquement cet écu. Il apparaît en France dans la seconde moitié du XIIIe siècle, et semble être à l'origine une pure fantaisie sigillaire. Jusqu'au XIVe siècle, ce sont surtout des hommes qui en font usage, puis il coexiste avec l'écu classique dans des proportions similaires auprès des deux sexes jusqu'au XVIe siècle. A partir du XVIe siècle, seulement, les armoiries en losange concerneront surtout (mais pas exclusivement) les femmes ; pas avant, sauf en Agleterre qui était un peu plus en avance à ce niveau.

- L'écu en bannière

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Les armoiries peuvent être figurées dès l'origine sur les bannières. Il semblerait même que ce type de représentation ait précédé celle sur l'écu dans les sceaux. Petit à petit, le rectangle de la bannière peut devenir une forme d'écu à part entière, seule dans le champ du sceau.  Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, la bannière perd sa hampe pour devenir un écu rectangulaire, lequel devient progressivement carré pour mieux occuper le champ du sceau.

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Cette forme d'écu est particulièrement utilisée aux XIVe et XVe siècles, notamment par les dames, et les grands feudataires voulant faire figurer leurs armoiries de fief et non leurs armoiries familiales.

- Les formes d'écu de fantaisie

Les armoiries peuvent aussi prendre place sur n'importe quel support, de n'importe quelle forme : hexagone, octogone, coquille, forme de palette, de poire, de figue, de fleur, de briquet, etc.

 

Voilà donc, brièvement résumé, les différentes formes que peuvent affecter l'écu héraldique médiéval, et les évolutions de ces formes. Il faut toutefois garder à l'esprit que l'écu n'est pas un support obligatoire pour les armoiries ; celles-ci peuvent s'inscrire dans n'importe quel contour, et peuvent même ne pas en avoir. Le support le plus fréquent reste tout de même l'écu, et en particulier l'écu triangulaire ou classique, de loin le plus courant.

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