L'alérion

Publié le par Godefroy de Nancey

L'alérion est un oiseau fabuleux qu'on ne rencontre qu'en héraldique (bien que le mot puisse également désigner un oiseau bien réel, le martinet noir, qui n'a rien à voir avec l'oiseau dont il est question ici). Il est représenté comme une « petite aigle au vol abaissé et représentée sans bec ni pattes » (H. DE BARA, Le Blason des armoiries auquel est montrée la manière de laquelle les anc. et mod. ont usé en icelles, p. 90). Les armoiries à l'alérion les plus célèbres sont celles du duché de Lorraine :

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D'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent

 

Les armoiries des Montmorency utilisent aussi l'alérion :

D'or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d'azur. 

 

Mis à part ces deux cas célèbres, l'alérion semble bien rarissime en héraldique.

 

Au XIXe siècle, la science encore balbutiante de l'étymologie attribuait parfois l'origine du mot "alérion" au gaulois aliers (sorte d'oiseau vivant de rapines), ou, plus généralement, au latin aquilario, diminutif de aquila, désignant un petit aiglon. Toutefois, l'opinion la plus communément admise aujourd'hui est que le mot "alérion" vient du bas francique *adalaro, ou *adalarjo (aigle). Cette dernière forme *adalarjo a le mérite d'expliquer la finale -ion du mot français. Cette finale est source d'erreur, car on l'a longtemps prise pour un suffixe de diminution, faisant de l'alérion une sorte de petit aigle. Au contraire, l'alérion serait à l'origine mieux qu'un aigle, pourtant considéré en héraldique comme le roi des oiseaux. L'alérion avait en effet la réputation d'être plus grand et plus fort que l'aigle, et d'être capable de voler et de plonger dans la mer sans se noyer.

La première mention du mot alerion, dans le sens de « grande espèce d'aigle », remonte à 1131 (Coron. Looys, 961, éd. Jonckbloet, Guill. d'Or., ds GDF. : "Un dart molu tenoit li gloz felon, Envers Guillaume le lança de randon; Si bruit li cops comme un alerion"). Il faut cependant attendre 1446 pour en avoir la première définition : "Un alerion est un semblant d'aigle et n'est que d'argent et n'a nulz piez, et ainsi cognoist-on que c'est un alerion. Nous avons une maniere de merlettes qui pareillement n'ont nulz piez, mais ce n'est une tout ung, car la merlette est toute serree et l'alerion est tout desploie." L'alérion est donc une aiglette sans pied, mais il n'est pas encore mentionné l'absence de bec. Ce n'est qu'en 1660, dans "la vraye et parfaite science des armoiries", que l'on peut lire la définition suivante : "Allerion ou alerion, ce sont des petites aigles qui n'ont ny bec ny jambes non plus que les merlettes donc les ailes sont serrées et sont comme passantes, là où les alerions sont en pal, montrant l'estomac et ont les ailes estendues comme les aigles ou les aiglons, toute fois avec la différence que le vol est abbaissé" ; définition exactement conforme à ce que l'on connaît de l'alérion, à ce détail près qu'à l'époque, les alérions sont assez souvent représentés les ailes éployées.

Il semblerait donc que l'alérion, connu au moins depuis la première moitié du XIIe siècle, ne soit apparu en héraldique qu'au XIV ou au XVe siècle. Les oiseaux figurant dans les armes de Lorraine sont en effet représentés comme des aiglettes jusqu'au XIVe siècle, et décrits comme des alérions seulement à partir du XVe siècle ! Cette première mention de l'alérion se trouve dans un armorial picard qui écrit, pour la première fois : "Le duc de Lorraine : d'or à la bande de gueules à trois alérions d'argent sur la bande et crie "Prény "." Or, les armes de Lorraines semblent bien être le lieu d'apparition de cette figure héraldique. L'alérion héraldique date donc bien du XVe siècle.

Publié dans Bestiaire héraldique

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